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édito…

Nous avons eu une belle soirée de lectures de textes de littérature.

Voici quelques textes comme un cadeau de Noël.

Joyeuses fêtes

 

A Christmas Carol (Un chant de Noël) est sans nul doute une des œuvres les plus fameuses de Charles Dickens. Écrit en 1843, ce conte à la fois onirique et moral met en scène l’acariâtre vieillard Scroodge qui reçoit, la nuit de Noël, la visite d’esprits chargés de raviver dans son cœur desséché l’esprit de famille, l’amour et la compassion.
Dans cet extrait, un des esprits montre au dubitatif Scroodge une veillée de Noël dans la famille de son pauvre employé Bob Cratchit.

 

« Enfin, le dîner achevé, on enleva la nappe, un coup de balai
fut donné au foyer et le feu ravivé. Le grog fabriqué par Bob ayant été goûté et trouvé parfait, on mit des pommes et des oranges
sur la table et une grosse poignée de marrons sous les cendres. Alors toute la famille se rangea autour du foyer en cercle, comme disait Bob Cratchit, il voulait dire en demi-cercle : on mit près de Bob tous les cristaux de la famille, savoir : deux verres à boire et un petit verre à servir la crème dont l’anse était cassée.
Qu’est-ce que cela fait ?
Ils n’en contenaient pas moins la liqueur bouillante puisée dans
le bol tout aussi bien que des gobelets d’or auraient pu le faire,
et Bob la servit avec des yeux rayonnants de joie,
tandis que les marrons se fendaient avec fracas et pétillaient
sous la cendre.
Alors Bob proposa ce toast : « Un joyeux Noël pour nous tous,
mes amis ! Que Dieu nous bénisse ! »
La famille entière fit écho. « Que Dieu bénisse chacun de nous ! », dit Tiny Tim le dernier de tous. »

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Ô Dieu caché (Thérèse de Lisieux)

Ô Dieu caché sous les traits de l'enfance
je vois en toi le monarque des cieux
je reconnais ta grandeur ta puissance
au doux éclat qui brille dans tes yeux.

Si tu voulais mille légions d'anges
à ton appel viendraient former ta cour
d'étoiles d'or semant tes humbles langes
ils chanteraient ton ineffable amour.

Je vois sur la rive étrangère
et ne pouvant parler encore
mon Dieu mon sauveur et mon frère
n'ayant ni sceptre ni trésor
adorant ce profond mystère
divin roi je t'offre mon or.

Ô roi du ciel tu viens sur cette Terre
voulant sauver le genre humain ton frère
pour ton amour oh je voudrais souffrir
puisque tu veux pour moi un jour mourir.

 

De tes douleurs je t'offre le symbole
voyant briller ta sanglante auréole
ah je  voudrais te gagner tous les cœurs
divin Jésus pour essuyer tes pleurs.

 

Reçois la myrrhe ô roi du Ciel
puisque tu veux être mortel.

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Dans Mon bel oranger, œuvre partiellement autobiographique et désormais classique de la littérature lusophone, José Mauro de Vasconcelos narre les pérégrinations du facétieux et miséreux « Zézé », enfant des rues brésilien.
Au matin de Noël, le garçonnet s’éveille en espérant avoir reçu un cadeau…

« À peine éveillé, j’appelai Totoca.

« On va voir ? Je te dis que j’aurai quelque chose.

– Moi je n’irais pas voir.

– Si, j’y vais. »

J’ouvris la porte de la chambre.
À ma grande déception les sandales de tennis étaient vides.
Totoca s’approcha en se frottant les yeux.

« Je ne te l’avais pas dit ? »

Un mélange de haine, de révolte et de tristesse s’éleva de mon âme. Sans pouvoir me contenir je m’écriai :

« Quel malheur d’avoir un père pauvre !… »

Je détournai les yeux de mes sandales de tennis et je vis des galoches arrêtées devant moi. Papa était debout et nous regardait. Ses yeux étaient immenses de tristesse.
On aurait dit que ses yeux étaient devenus si grands qu’ils auraient pu remplir tout l’écran du cinéma Bangu.
Il y avait une douleur si terrible dans ses yeux que s’il avait voulu pleurer il n’aurait pas pu. Il resta une minute qui n’en finissait plus
à nous regarder puis sans rien dire il passa devant nous.
Nous étions anéantis, incapables de rien dire.
Il prit son chapeau sur la commode et repartit dans la rue. »

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Victor Hugo, 1862 Les Misérables.

« L’homme se relevait et allait s’en aller lorsqu’il aperçut au fond, à l’écart, dans le coin le plus obscur de l’âtre, un autre objet. Il regarda, et reconnut un sabot, un affreux sabot de bois le plus grossier, à demi brisé et tout couvert de cendre et de boue desséchée.

C’était le sabot de Cosette.

Cosette, avec cette touchante confiance des enfants qui peut être trompée toujours sans se décourager jamais, avait mis, elle aussi, son sabot dans la cheminée.

C’est une chose sublime et douce que l’espérance dans un enfant qui n’a jamais connu que le désespoir.

Il n’y avait rien dans ce sabot.

L’étranger fouilla dans son gilet, se courba et mit dans le sabot de Cosette un louis d’or. Puis il regagna sa chambre à pas de loup. »

 

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HAUTE SPHERE

Crèche monumentale, délicate alliance de bois et de porcelaine

Dessinée par Sylvain Dubuisson, réalisée par la maison Bernardaud

Présentée cette année en l’église St Rémi de la vigne – Diocèse de Bordeaux

 

Sylvain Dubuisson, Architecte 

« Tout est symbole. Tout se regarde d’un côté comme une simple matérialité, de l’autre comme une suite de signes. Joseph a construit la grotte avec les matériaux qu’il travaille aujourd’hui, le multi-pli de bouleau. Il a réalisé le dôme géodésique avec soin et précision et la parfaite exécution de l’ouvrage s’accorde avec sa sagesse et la réalité de son incarnation. Marie a déployé son voile d’organza tout autour de la crèche pour protéger l’enfant et au-delà de lui le mystère de sa naissance. On ne s’étonne plus que le lieu désigné pour l’évènement irradie tout entier depuis l’intérieur sa lumière filtrée au travers d’un biscuit de porcelaine gravée avec chaleur. Les étoiles argentées, également en porcelaine, sont disposées dans ce firmament qui confond la roche et le ciel. Le sable du désert a soufflé jusqu’à l’intérieur de la grotte pour adoucir l’apparition de l’enfant et son auréole en porcelaine dorée peinte à la main qui d’ordinaire n’est perceptible que par les élus, est là, à la vue de tous pour nous émerveiller de sa divinité. Et en tendant l’oreille, les chants araméens nous mènent sans heurt sur le lieu même du mystère. » 

 

Michel Bernardaud, Président du directoire 

« Depuis 1863, Bernardaud s’identifie à la porcelaine et à sa ville, Limoges. De la table, son domaine privilégié, elle a élargi son univers et innové dans des domaines aussi variés que le luminaire, le mobilier, les objets décoratifs et le bijou. Curieusement et bien que pétri des valeurs chrétiennes que revendique fièrement ma famille, Bernardaud n’avait jamais exercé sa veine créatrice au service des objets ou des symboles qui accompagnent les catholiques dans la pratique de leur Foi. C’est donc avec enthousiasme que nous avons sollicité Sylvain Dubuisson pour qu’il nous aide à amener un regard original sur la crèche de Noël. Designer talentueux, Sylvain s’inscrit dans la lignée des grands artistes et créateurs qui depuis plus de 160 ans permettent à notre Manufacture de conjuguer tradition et innovation.» 

Abbé Francis Aylies, Curé de la paroisse Bordeaux Maritime

« Lorsque l’évangéliste Jean nous parle de l’Incarnation du Fils de Dieu, il ne nous dit rien du monde familier des bergers, de la crèche, des anges et de l’Enfant-Dieu avec Marie et Joseph. Il nous invite à entrer dans ce mystère à partir d’une autre profondeur. Comme le dit François Jullien, Jean montre dans son Prologue que ‘’le devenir est le lieu et la possibilité d’un événement… Un avènement (egeneto) est toujours possible.’’

C’est vers cette profondeur que la Haute Sphère nous conduit : Dieu vient dans le surgissement lumineux d’une gratuité insoupçonnée. Son avènement est Bonté et Beauté.

Je pose mon regard sur l’auréole doré. Elle m’oblige à l’Espérance : Le Seigneur est venu, vient et viendra, toujours d’une manière surprenante, engendrer son Royaume.

 

La présence lumineuse du Christ est accueillie dans un espace dont la forme plairait au Pape François : ‘’Il me plaît d’imaginer l’humanité comme un polyèdre, dans lequel les formes multiples, s’exprimant, constituent les éléments qui composent, dans la pluralité, l’unique famille humaine. C’est cela, la vraie globalisation ! L’autre globalisation, celle de la sphère, est une homogénéisation !’’

Je me blottis silencieusement dans la grotte et chuchote mes prières les plus universelles.

 

Un voile vient parfaire l’œuvre. Nous sommes dans l’ordre de la foi. Marie, le soir de la Naissance de l’Emmanuel, ‘’retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.‘’ Son voile retient, propose et protège le mystère d’un Dieu qui se fait si proche qu’il se fait Humain. Comme le dit St Paul aux  Corinthiens : ‘’Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu.’’

Je suis là, je crois et je prie. »

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