Une invitation au mariage

Jean-Noël Bezançon, Dieu ne sait pas compter

De Jésus, on est même allé jusqu’à dire : « Voilà un glouton et un ivrogne… ! » Ces qualifications peu édifiantes ne sont sûrement pas une invention tardive des disciples. Les enfants d’aujourd’hui, d’ailleurs, le remarquent bien : « Jésus, il est toujours à table ! » Ce n’est pas un hasard si le quatrième Evangile présente le « premier signe » de Jésus, l’inauguration de son action, dans le cadre d’un repas de noce où le vin coule à flots… « Ils n’ont plus de vin » et le voilà qui fait remplir d’eau à ras bord les immenses amphores qui servaient naguère pour les rites juifs de purification. Elles sont à sec, elles ne servent plus à rien. Et c’est celle eau du puits qui devient pour tous les convives, et d’abord pour les mariés qui ne s’étaient douté de rien, un vin plus savoureux encore que celui qui avait été servi jusque-là. Vin nouveau, comme pour arroser une nouvelle alliance, vin bien meilleur, vin surabondant surtout (700 litres !) : tout est là pour signifier, une fois encore, la démesure du don de Dieu. Là encore, un seul Vin nous est nécessaire, le vin nouveau, le vin meilleur de la nouvelle alliance, celui dont Jésus dira : « C’est mon sang, c’est ma vie. Prenez et buvez ! » Et il y en a pour jusqu’à la fin des temps…

 

Telle est l’image la plus juste – puisque de Dieu on ne peut parler qu’avec des images – de l’invitation que Dieu adresse à l’humanité : en Jésus, Dieu nous invite à la noce, Dieu nous demande en mariage. D’ailleurs, dans le récit de Jean, la mariée n’apparaît pas, comme s’il s’agissait en fait de l’humanité que Jésus vient épouser. « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau. » « Ce mystère est grand », s’extasiera saint Paul : il s’agit du Christ et de l’Eglise. Oui, pour ces noces dont il rêve depuis toujours, Dieu fait les choses en grand. Il ne lésine pas. Quand on aime, quand on se marie, on est incapable de compter.