Un texte allégorique
 

Yves I-Bing Cheng

Regardons de près cette parabole. Il est écrit au verset 6 : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne.

La première question qui nous vient à l'esprit est la suivante : qu'est qu'un figuier fait dans une vigne ?
Une vigne est un endroit où l'on fait la culture de raisins, et non pas de figuiers.
N'aurait-il pas été plus approprié ou du moins plus naturel de dire : "Un homme avait un figuier planté dans son verger" ?
Ceci n'a pourtant rien d'inusité quand on connaît les pratiques agricoles de cette époque. On sait que chaque type de plante a sa propre manière d'interagir avec le sol. Pour éviter d'en épuiser les ressources, les agriculteurs faisaient pousser sur le même terrain plusieurs variétés de végétaux. Il n'était donc pas rare de trouver des arbres fruitiers dans une vigne ou même au milieu d'une culture de légumes. L'homme dans la parabole avait décidé de planter un figuier dans sa vigne.
Ajoutons également que la vigne et le figuier sont mentionnés conjointement à plusieurs reprises dans l'Ancien Testament (1 Rois 5.5 ; Joël 1.7 ; Michée 4.4 ; Zacharie 3.10), ce qui semble indiquer qu'on les cultivait souvent ensemble.
Prenons l'exemple de Joël 1,7 : Il a dévasté ma vigne ; il a mis en morceaux mon figuier, il l'a dépouillé, abattu... Ma vigne... mon figuier.
Nous retrouvons la même association vigne/figuier deux autres fois dans le livre de Joël
(1,12 et 2, 22) où, là aussi, ils ont un sens figuré.

 

Nous devons maintenant discuter des éléments allégoriques de cette histoire, particulièrement ceux qui concernent les deux personnages.

Qui est l'homme à qui appartient la vigne ?
Dans d'autres paraboles de Jésus, Dieu est représenté sous l'image d'un propriétaire de vigne.
Par exemple, dans la parabole des méchants vignerons (Matthieu 21,33-41), il est tout à fait clair que "l'homme ayant planté une vigne sur sa propriété" symbolise Dieu.
Qu'en est-il du vigneron ?
Là encore, l'analogie n'est pas difficile à deviner. Qui est celui qui, dans les Écritures, intercède pour les hommes et implore la miséricorde de Dieu ? Nul autre que Jésus-Christ, bien sûr. Il est le grand prêtre de la Nouvelle Alliance qui plaide la miséricorde divine pour tous les peuples.
Et le Père céleste se montre plus que désireux à la dispenser... jusqu'à un certain point.

 

L'image du vigneron décrit Jésus non seulement comme un intercesseur mais aussi comme un serviteur.
Lorsqu'on étudie le mot "vigneron" dans l'Ancien Testament, on observe qu'il est souvent associé aux gens pauvres.
En Isaïe 61,5, Jérémie 52,16 et 2 Rois 25,12, il est mentionné en même temps que le laboureur. Et nous apprenons de ces passages que vignerons et laboureurs sont issus de la classe inférieure de la société.
Mais des pauvres du pays, le chef des gardes en laissa pour être vignerons et laboureurs (2 Rois 25,12).
Après la destruction de Jérusalem, le peuple hébreu fut déporté en captivité à Babylone. Les plus pauvres n'ont pas eu à quitter la région. On leur demanda de labourer la terre et de s'occuper des vignobles.
Par conséquent, un vigneron est habituellement identifié à un serviteur.
Et c'est précisément ce qu'est devenu Jésus en venant sur terre. Il a pris la forme d'un serviteur. Il s'est dépouillé, prenant la condition de serviteur, lit-on en Philippiens 2,7.
Jésus est non seulement un intercesseur, il est aussi un serviteur.

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