Le Figuier stérile
 

P. Laurent Gallois, s.j.

La question qui est alors posée aux interlocuteurs de Jésus est, de fait, la suivante : comment aurez-vous vécu ? Aurez-vous vécu à la façon de la vigne, de la Parabole, qui donne régulièrement un fruit abondant ? Ou bien à la façon du figuier, qui vit, mais qui ne donne pas de fruit ? Oui, comment aurons-nous vécu, lorsque la vie viendra : une vie où il y aura eu du fruit, ou bien une vie sans fruit ? Et d’ailleurs, quel fruit ? Or, ici, il y a deux façons de regarder cette vie…

Il y a la façon du propriétaire du figuier : un fruit lui est dû, précisément parce qu’il est propriétaire du figuier. Rien d’étonnant, alors, à ce qu’il finisse par dire : « coupe-le ! ». Or ce regard de propriétaire est bien souvent, à notre insu, le nôtre. Combien de fois, en effet, ne disons-nous pas dans notre vie, dans nos relations : il, elle, me doit bien cela ? Des parents le disent de leurs enfants, des enfants de leurs parents ; un frère, de sa sœur, une sœur, de son frère ; un ami, de son ami etc. Et combien de fois ne jetons-nous pas un regard de propriétaire sur notre propre vie, à la façon du propriétaire du figuier ? On juge en ce cas sa propre vie, en y voyant une vie sans fruit… Du moins, sans le fruit escompté, que l’on s’estime dû ! On juge d’un regard sans amour, prêt à amputer quelque chose dans sa propre vie.

 

Il y a le regard du propriétaire. Et il y a le regard du vigneron : une manière de regarder où le vigneron va y mettre tout son labeur, toute sa patience, toute sa présence ; une manière de regarder où le vigneron ne voit pas d’abord l’absence de fruit, mais une vie dont il lui faut prendre soin, parce que, précisément, elle est sans fruit.

 

Et si la conversion consistait à passer du regard de propriétaire au regard de vigneron, du regard qui fait le constat sec et impatient qui juge n’y a pas de fruit, dans la vie d’autrui ou dans sa propre vie, au regard de celui qui prend soin de toute vie donnée ? Et si la conversion consistait aussi à laisser faire un autre, dans nos vies, un autre qui prend soin de nos vies, en leur infécondité même – cet autre étant le Christ, lui que nous avons prié au début de cette eucharistie en disant : toi qui es la source de toute bonté et d’où vient toute miséricorde ? Lui seul voit la vie qui est la nôtre. Lui seul voit là où il n’y a pas de fruit dans nos vies : mais il voit sans juger, parce que son agir est d’abord de prendre soin de nous. Pour que la vie jaillisse en fécondité ! Alors, laissons-le faire !

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