Le tout premier dialogue interreligieux

 

Sœur Marie Monnet (Retraite dans la ville)

 

Melchisédech est une figure mystérieuse de l’Ancien Testament. Il est roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix. C’est lui qui bénit Abraham en offrant à Dieu du pain et du vin. Car il est prêtre et Abraham le reconnaît comme tel, lui donnant un dixième de tous ses biens.

Cette scène est représentée dans de nombreuses églises et je vous invite à y être attentif. Elle est souvent placée face à une autre offrande, un autre repas, le dernier que Jésus partage avec ses disciples, à quelques heures de sa mort.

Ainsi, ce geste ancestral, entre Abraham et Melchisédech, est nôtre aujourd’hui. À chaque fois que nous communions au pain et au vin, au corps et au sang de Jésus, nous aussi, nous vivons cette rencontre. Écoutons bien la prière eucharistique (n°1) : « Et comme il t’a plu d’accueillir les présents d’Abel le Juste, le sacrifice de notre père Abraham, et celui que t’offrit Melchisédech ton grand prêtre, en signe du sacrifice parfait, regarde cette offrande avec amour, et dans ta bienveillance, accepte-la. »

Ce geste de paix, entre le père des croyants et l’autre monde, celui du prêtre étranger, mystérieux et sans âge, c’est déjà le geste de paix que nous pouvons poser aujourd’hui entre nous, croyants, et tous ceux qui sont aux frontières de la foi, au-delà d’elle, dans un autre monde, un peu mystérieux, en d’autres lieux, selon d’autres cultures, avec des religions différentes. Il n’est pas nécessaire d’être grand prêtre pour célébrer la communion. Il faut juste, sur son propre chemin, être attentif à celui qui vient. Tous ceux qui voyagent ainsi, parfois taxés d’un peu d’idéalisme, disent combien ils sont transformés par l’hospitalité qu’ils ont reçue. Pas seulement par le dépaysement, la splendeur de la nature, ou encore par la beauté des traditions rencontrées. Mais transformés par la force des rencontres inattendues, accueillies, célébrées, autour d’un verre d’eau, d’un coin de couverture partagée, de quelques confidences égrenées. Au-delà de toutes les différences, cette reconnaissance mutuelle est possible, elle est le religieux le plus authentique, là où Dieu est sensible au cœur.

Soyons de ceux-là, sur la route des grands voyages, comme sur celle de la vie quotidienne. Ouverts, attentifs, prêts à entrer en relation. Paix ! Shalom ! Salam !