top of page

Melkisédek est un mystérieux personnage biblique.

 

On ne sait pas d’où il vient, quelle est sa lignée. On ne connaît pas son rôle exact dans l’ancien Orient d’Abraham. Cette unique mention de Melchisédek dans la Bible nous laisse juste penser que c’était un prêtre-roi très important, puisque même Abraham lui paye la dîme, et reçoit sa bénédiction avec reconnaissance

 

+ Visiblement, Melchisédek n’est pas juif. Pourtant il est roi, et même « roi de justice » (Melki = roi /  Tsedek = justice), et « roi de paix » et (Salem =  paix). Sa mission de roi est donc de faire régner la justice et la paix. En plus, il est « prêtre du Dieu très haut », d’un sacerdoce qui est antérieur à celui qui naîtra d’Abraham dans le peuple juif (les Cohen). Cette figure mystérieuse semble donc indiquer qu’avant le grand prêtre juif, il a existé un prêtre-roi dont le sacerdoce n’est pas d’offrir des sacrifices d’animaux, mais du pain et du vin… On comprend alors pourquoi la lettre aux Hébreux (He 7) et toute la tradition chrétienne a reconnu en Melchisédek l’annonce de l’unique grand prêtre qu’est le Christ : à travers le pain et le vin, Jésus s’offre lui-même. Dans l’eucharistie Jésus s’offre à son Père dans la communion d’amour de l’Esprit. Il nous incorpore à lui, nous associe à l’offrande qu’il fait de toute sa personne à son Père, afin que nous devenions « une vivante offrande à la louange de la gloire du Père » (prière eucharistique n°4) par l’Esprit Saint, en Jésus-Christ, (prière eucharistique n°3).

La prière eucharistique n°1 mentionne explicitement Melchisédek comme une clé prophétique pour comprendre l’eucharistie :

« Et comme il t’a plu d’accueillir les présents d’Abel le Juste, le sacrifice de notre père Abraham, et celui que t’offrit Melkisédek, ton grand prêtre, en signe du sacrifice parfait, regarde cette offrande avec amour et, dans ta bienveillance, accepte-la. »

 

Et saint Jérôme résumait ainsi la relecture chrétienne de Melchisédek :

Melkisédek est une figure du Christ : n’étant pas juif de race mais cananéen, il anticipa, par son sacerdoce, celui du Fils de Dieu, comme le dit le psaume CIX : « Tu es prêtre à jamais selon l’ordre du roi Melkisédeck ». 

Cet ordre de Melkisédek a été interprété de façons très diverses : d’abord, seul, Melkisédek fut à la fois roi et prêtre.

Puis, c’est avant l’établissement de la circoncision qu’il exerça son ministère : il montrait par là que ce n’est pas des Juifs que les païens ont reçu le sacerdoce, mais bien les Juifs des païens (…) 

Melkisédek enfin n’a pas immolé des victimes de chair et de sang, ni reçu dans ses mains des entrailles d’animaux privés de raison, mais il a inauguré le sacrement du Christ par un sacrifice simple et pur, l’offrande du pain et du vin.

En outre, l’Épître aux Hébreux expose longuement d’autres ressemblances entre Melkisédek et le Christ. Melkisédek, dont le nom signifie « roi juste », était roi de Salem, c’est-à-dire « roi de paix ». Il était sans père, sans mère, sans généalogie (…) Par ces mots, l’Apôtre souligne que Melkisédek apparaît subitement dans la Genèse, allant à la rencontre d’Abraham qui s’en revenait après le massacre de ses ennemis. Ni avant ni après, le nom de Melkisédek ne se retrouve dans le livre saint. Son sacerdoce est donc une figure du sacerdoce du Christ et de son Église, sacerdoce éternel, sans limites dans le passé comme dans l’avenir, tandis que le sacerdoce d’Aaron, chez les Juifs, eut un commencement et une fin.

Tout ce passage de l’Épître aux Hébreux (…) montre bien qu’avant Lévi et Aaron, Melkisédek, un païen, fut véritablement prêtre. Bien mieux, un si grand prêtre, qu’il lui fut donné de bénir, en la personne d’Abraham, les futurs prêtres des Juifs qui descendraient du patriarche.

Tout ce qui est dit ici à la louange de Melkisédek concerne le Christ dont il est la figure. Et le déploiement du sacerdoce du Christ, ce sont les sacrements de Église (saint Jérôme : épître LXXIII, 2-3).

 

L’eucharistie selon Melchisédek présente des caractéristiques pleinement accomplies en Jésus-Christ :

1 - Melchisédek n’est pas juif, mais il bénit le peuple juif.

L’eucharistie n’est pas enfermée dans ses sources juives, et pourtant elle demeure une bénédiction offerte à tous les descendants d’Abraham. Pas le moindre antisémitisme dans cette théologie, au contraire ! L’ouverture à tous les peuples de la table eucharistique ne se joue pas contre le peuple juif, mais également en sa faveur…

 

2 - Melchisédek ne sacrifie pas des animaux, comme dans le Temple de Jérusalem (ou dans les religions traditionnelles), où le sang devait couler pour apaiser et se concilier la divinité. Non : Melchisédek offre du pain et du vin, « sacrifice non sanglant » (Concile de Trente) qui met fin à la violence sacrée et aux victimes émissaires (cf. René Girard). L’unique sacrifice du Christ sur la croix a fait cesser « une fois pour toutes » (lettre aux Hébreux) les exigences sanglantes d’une justice trop humaine.

 

3 - La paix et la justice apportées dans l’eucharistie ne le sont pas à la manière des hommes, mais à la manière du Ressuscité, à l’image de Melchisédek roi de justice et de paix. Une justice qui sauve et non pas qui condamne. Une paix qui est donnée, non pas négociée, à partir de la victoire sur toutes les forces de mort qu’est la Pâque du Christ.

 

4 - Universalité, offrande de soi, justice et paix : ce ne sont là que quelques aspects de « l’eucharistie selon Melchisédek », mais que le Christ porte à une telle plénitude qu’on reste encore tout étonné de relire dans la Tora quelques petites lignes uniques sur ce personnage qui éclaire notre eucharistie chrétienne avec tant de force !

bottom of page