Ce Dieu Juge qui nous attend

François Varone

 

Il ne suffit pas de dire « jugement » pour en avoir la connaissance révélée correcte. Comme les autres notions chrétiennes – tels la puissance divine, la prière, le sacrifice, le sang – le jugement, lui aussi, relève d’abord d’une expérience humaine d’où jaillissent le langage et ses sens. Terme religieux, il relève comme les autres du contexte de la religion humaine. On y projette spontanément sur Dieu, en la poussant à l’infini, ce qui se passe entre les hommes.

Le jugement humain (jh) est verdict, application stricte de la loi et de la sentence, punition, châtiment exemplaire. Le Jugement divin (jd) le sera aussi, mais à l’infini, puisque infinies sont la puissance, la dignité et l’offense. On peut résumer cela en une formule : jh x ∞ = Jd

 

Dans cette ligne de projection de l’humain sur le divin, le Jugement de Dieu sur le sort des pécheurs – et qui ne l’est pas ? – prend la forme d’une maximalisation du châtiment : l’enfer.

La révélation de Dieu ne peut se faire qu’à l’aide du langage humain et de ses concepts, de ses mots avec leurs sens. Mais tout en les utilisant nécessairement – il n’y en a pas d’autres – elle les fait éclater comme coquilles de noix. Et voici que peut apparaître l’amande, un sens nouveau, caché jusque-là, révélé désormais dans la différence du Christ, manifestation du Dieu différent.

En passant de la religion à la foi, le jugement comme mot, comme coquille, demeure. Mais il éclate pour laisser apparaître la différence de la justice de Dieu. Soit la formule : jh ≠ jds

 

C’est cette différence, reconnue dans la foi, qui constitue l’élément manquant. C’est lui qui permet d’obtenir un ensemble cohérent, de sortir de l’impasse autrement qu’en étant inconscient, terrorisé ou athées.

Je Jugement de Dieu fait partie de l’Evangile, donc de la Bonne Nouvelle, d’une Annonce de joie. Et non sous la forme d’une partialité divine qui, pour certains et à quelque titre que ce soit, suspendrait le jugement au profit de la miséricorde ! Mais bien comme Jugement, dans lequel s’affirme la Sainteté de Dieu et son refus de l’existence humaine égarée et pervertie.

Que l’on puisse se réjouir du Dieu qui vient me juger et « juger le monde en justice et les peuples en droiture » (Ps 98,9) voilà bien la grande différence de la foi.