Naboth

Méditation

Dès les premières pages de son roman, Maupassant montre les relations ambiguës qui lient les deux frères Pierre et Jean. Cette jalousie ne fera que s’amplifier à l’occasion d’un héritage étrange et finira par l’éviction (mort symbolique) de l’un des deux frères.

 

Mais une vague jalousie, une de ces jalousies dormantes qui grandissent presque invisibles entre frères ou entre soeurs jusqu'à la maturité et qui éclatent à l'occasion d'un mariage ou d'un bonheur tombant sur l'un, les tenait en éveil dans une fraternelle et inoffensive inimitié. Certes ils s'aimaient, mais ils s'épiaient. Pierre, âgé de cinq ans à la naissance de Jean, avait regardé avec une hostilité de petite bête gâtée cette autre petite bête apparue tout à coup dans les bras de son père et de sa mère, et tant aimée, tant caressée par eux.

 

Maupassant, Pierre et Jean, 1888

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Zola raconte dans ce roman une histoire d’adultère et de crime. Laurent, ami de Camille, finit par le tuer pour avoir sa femme, Thérèse. Mais la jalousie et le meurtre finiront par détruire le nouveau couple. Voici la scène où Laurent assassine Camille.

 

La barque allait s'engager dans un petit bras, sombre et étroit, s'enfonçant entre deux îles. On entendait, derrière l'une des îles, les chants adoucis d'une équipe de canotiers qui devaient remonter la Seine. Au loin, en amont, la rivière était libre. Alors Laurent se leva et prit Camille à bras-le-corps. Le commis éclata de rire.
- Ah ! Non, tu me chatouilles, dit-il, pas de ces plaisanteries-là... Voyons, finis : tu vas me faire tomber. Laurent serra plus fort, donna une secousse. Camille se tourna et vit la figure effrayante de son ami, toute convulsionnée. Il ne comprit pas ; une épouvante vague le saisit. Il voulut crier, et sentit une main rude qui le serrait à la gorge. Avec l'instinct d'une bête qui se défend, il se dressa sur les genoux, se cramponnant au bord de la barque. Il lutta ainsi pendant quelques secondes.
- Thérèse ! Thérèse ! Appela-t-il d'une voix étouffée et sifflante. La jeune femme regardait, se tenant des deux mains à un banc du canot qui craquait et dansait sur la rivière. Elle ne pouvait fermer les yeux : une effrayante contraction les tenait grands ouverts, fixés sur le spectacle horrible de la lutte. Elle était rigide, muette. - Thérèse ! Thérèse ! Appela de nouveau le malheureux qui râlait.
A ce dernier appel, Thérèse éclata en sanglots. Ses nerfs se détendaient. La crise qu'elle redoutait la jeta toute frémissante au fond de la barque. Elle y resta pliée, pâmée, morte.
Laurent secouait toujours Camille, en le serrant d'une main à la gorge. Il finit par l'arracher de la barque à l'aide de son autre main. Il le tenait en l'air, ainsi qu'un enfant, au bout de ses bras vigoureux. Comme il penchait la tête, découvrant le cou, sa victime, folle de rage et d'épouvante, se tordit, avança les dents et les enfonça dans ce cou. Et lorsque le meurtrier, retenant un cri de souffrance, lança brusquement le commis à la rivière, les dents de celui-ci lui emportèrent un morceau de chair.

Zola, Thérèse Raquin, 1867

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Dans ce passage, Phèdre, l’héroïne de Racine, vient de découvrir, qu’Hippolyte est amoureux d’Aricie. Or Phèdre, mariée à Thésée, est amoureuse d’Hippolyte, le fils de Thésée. Elle a honte de cette passion incestueuse mais ne parvient pas à la dominer. Quand elle découvre que celui qu’elle aime, non seulement ne l’aime pas en retour mais en aime une autre, sa fureur est totale. Elle souhaite leur mort.

 

Ils s’aimeront toujours !

Au moment que je parle, ah, mortelle pensée !

Ils bravent la fureur d’une amante insensée !

Malgré ce même exil qui va les écarter,

Ils font mille serments de ne se point quitter…

Non, je ne puis souffrir un bonheur qui m’outrage ;

Œnone, prends pitié de ma jalouse rage.

Il faut perdre Aricie ; il faut de mon époux

Contre un sang odieux réveiller le courroux :

Qu’il ne se borne pas à des peines légères !

 

Racine, Phèdre,  1677

 

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Marie de l’Incarnation, Les Vrais Exercices

O vous qui connaissez toutes choses, en qui se meut tout homme, en qui toute créature a vie, qui sondez les cœurs et pénétrez les reins de tous, sans qui nulle créature ne peut subsister en son être, en qui dépendent toutes choses, entre les mains de qui sont nos temps, nos âges, et nos aventures, notre bien, notre salut, qui ne pouvons rien sans vous qui connaissez fort bien toutes les nécessités de vos créatures raisonnables, subvenez à tous, pourvoyez à tous, donnez votre grâce à tous. Tous vous réclament : tous vous invoquent, pour tous, je vous supplie, exaucez-moi…

O Dieu de mon cœur et vie de mon âme, souvenez-vous de vos créatures et faites leur miséricorde.

Touchez, touchez vivement les cœurs par votre prévenante grâce.

Frappez, mon Dieu, frappez à la porte de leur conscience, et faites-vous entendre…