TABLE DE LA PAROLE

Il est courant de dire : « J’ai bu ces paroles… J’ai mangé ces paroles » ! Il en est de même dans la tradition biblique. Jésus lui-même affirme que l’homme ne se nourrit pas seulement de pain mais de toutes paroles qui sortent de la bouche de Dieu.

Anne Lécu, dans Retraite dans la ville commente ainsi :

Ta parole nous apprend à parler. Celui qui veut apprendre à parler, et tu sais mon Dieu combien je le désire, doit se résoudre à mâcher ta parole autrement plus souvent qu'une vache son herbe.
Tout le corps est convoqué à cette tâche. Les œnologues auraient beaucoup à nous apprendre, eux qui ferment les yeux et habillent le vin de couleurs, de robes, et de paysages. Ta parole, écoutée, lue, perçue dans la voix de nos proches, invente des couleurs au-delà de l'arc-en-ciel, nous fait découvrir des paysages inconnus où il est possible de voyager avec toi. Elle peut être douce, plus que le miel, ou amère, car elle nous ouvre les yeux sur le monde et nous voyons ce que sans elle nous ne savions pas : le cœur de l'homme saigne, le cœur de l'homme peut être dur, torve, et sa bonté peut être sans fin, mais aussi humiliée.

Alors, nous commençons à apprendre à parler. À quitter le bavardage. À dire et faire la vérité, hors les modes, loin des idéologies. Alors, nous supportons la vérité, une vérité parfois plurielle, qui n'est pas mensonge pour autant. Alors nous supportons la complexité du monde, et la nôtre, qui n'a rien à craindre de ta grande simplicité.
Toi, tu n'as qu'une parole. Et tu nous l'as donnée.
Ce Fils-parole, émerveillé de nous, oui, avant de mourir t'a assuré que nous garderions ta parole comme les disciples si peu croyants l'avaient gardée. Il a cru en nous et toujours y croit, lui notre avocat. Il est notre garant. Plus encore, en notre voix il est le Verbe. En lui, oui, nous pouvons parler.

L’appel reçu par le prophète Ezéchiel 2,8 - 3,4 met en scène la Parole comme un aliment !

« Et toi, fils d’homme, écoute ce que je te dis. Ne sois pas rebelle comme cette engeance de rebelles. Ouvre la bouche, et mange ce que je te donne. »

Elle le déroula devant moi ; ce rouleau était écrit au-dedans et au-dehors, rempli de lamentations, plaintes et clameurs.

Le Seigneur me dit : « Fils d’homme, ce qui est devant toi, mange-le, mange ce rouleau ! Puis, va ! Parle à la maison d’Israël. »

J’ouvris la bouche, il me fit manger le rouleau et il me dit : « Fils d’homme, remplis ton ventre, rassasie tes entrailles avec ce rouleau que je te donne. » Je le mangeai, et dans ma bouche il fut doux comme du miel.

Il me dit alors : « Debout, fils d’homme ! Va vers la maison d’Israël, et dis-lui mes paroles. »