Michel Favreau

Notre quartier de Bacalan est marqué par la vie des dockers qui y résidaient. L’un d’eux, Michel Favreau, un prêtre-ouvrier qui a consacré sa vie aux pauvres est aujourd’hui considéré comme le « saint » de Bacalan.

 

Une rue de Montaigu, des Herbiers et de Bordeaux porte son nom. Trois lieux où a vécu Michel Favreau, prêtre-ouvrier décédé accidentellement le samedi 7 avril 1951, à 8 h, sur le bassin à flot n° 2 des quais de Bordeaux. Les freins de la grue 162 n'ont pas fonctionné et les 46 madriers de la palanquée sont tombés sur le jeune docker. Blessé à la tête, il décédera en arrivant à l'hôpital Saint-André : il avait 29 ans.

 

Michel Favreau est né à Montaigu, en 1922. « Michel était un excellent petit écolier », se souvient son instituteur. « Je serai pape ou colonel de zouaves », répète Michel, enfant. Une scolarité qu'il poursuit au collège Richelieu puis au petit séminaire de Chavagnes. « Un boute-en-train, malicieux mais très franc », notent ses professeurs.

 

Un prêtre-résistant

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s'occupe des Cœurs vaillants, et est aussi résistant : « Nous avons transporté dans une brouette, sous des débris de légumes, revolvers, fusils de chasse, balles... », se souvient sa sœur Denise. Jacques Chaigneau, Raymond Parpaillon, des résistants montacutains sont ses copains.

 

En 1945, il est nommé prêtre par Mgr Cazaux. Il commence son ministère aux Herbiers.

Le jeune vicaire est résolument tourné vers les plus pauvres et les plus démunis : il accueille à la cure les sans-logis au grand dam de la bonne Eugénie ! Il donne son linge propre et se contente de chemises élimées. « T'as besoin de souliers, prends les miens ! »

 

Pourtant, Michel aspire à une autre mission, au cœur des masses déchristianisées. « Un prêtre fonctionnaire est un traître. » Et en septembre 1949, il rejoint la jeune Mission ouvrière de Bordeaux. Matelot puis docker, il supporte la pénibilité du travail. « Son vieux béret troué est enfoncé sur son visage creusé par la fatigue », raconte un équipier.

Michel résume sa mission : « Je ne suis pas là pour un apostolat, mais pour une présence. » Il a lié son sort aux milliers de docker bordelais.

 

Dès l'annonce de sa mort, les ouvriers cessent le travail et ils vont défiler devant son cercueil exposé dans la petite chapelle du 188, cours de la Marne, jusqu'au lundi soir. Sa dépouille sera ramenée à Montaigu. La sépulture sera célébrée par 80 prêtres devant une foule de paroissiens. Michel Favreau est enterré dans le cimetière Saint-Jacques.

 

Sources. Michel Favreau. Éditions Pleine Page

 

 

Sur son carnet, un dessin annoté révèle sa spiritualité, son intériorité.

 

Ceci n’est pas une croix…

C’est un mât de charge de cargo…

Ceux qui l’ont fait n’ont point pensé à toi,

ô Jésus crucifié pour tous.

A cause d’elle cependant, tu regardes avec amour

ces milliers de dockers qui travaillent à son pied.

Sans s’en douter, pliant sous leurs sacs

ou leurs caisses qui leur scient les épaules, ils font,

avec toi, leur chemin de croix…

Ils sont des milliers… que tu aimes… et que tu sauveras…

parce qu’une Croix est dressée dans leur vie.

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